Cossonay, le 23 septembre 2006 - Premier jour de l’automne en Suisse, du printemps en Argentine…
24/09/06 22:02
Bien chères toutes, bien chers tous,
Me voilà de retour en Suisse. Pour terminer néanmoins mon récit et « boucler la boucle », voici un dernier mail… Je vous préviens, ce texte est kilométrique (j’ai plus d’un mois de voyage et cinq pays différents à raconter…) ! Si vous n’avez que cinq minutes à disposition, revenez plus tard. Si vous n’avez pas la patience, abandonnez carrément…
Valparaiso:
Aux dernières (et lointaines) nouvelles, nous en étions restés, si ma mémoire ne flanche pas trop, à Valparaiso: comme à Santiago, et selon ce qui allait devenir une habitude dans tout le centre du Chili, nous y sommes arrivées sous une pluie battante. Fort heureusement, nous nous sommes réveillées le lendemain sous un soleil éclatant, et avons pu passer la journée à nous balader dans les rues de cette magnifique ville. Elle est construite au bord d'une baie qui en tempère le climat. Le quartier du bord de mer est plat, essentiellement commercial et moderne, mais “piqueté” par-ci par-là de jolis bâtiments de style architectural indéfini, en général plutôt kitsch-marrant. En arrière se trouvent toute une série de collines auxquelles on accède par de petites ruelles sinueuses, ou, bien plus rigolo, par d'antiques funiculaires aux cabines en bois et aux portes peintes en couleur. Du genre de celui de Cossonay, mais en beaucoup plus raide, en plus court, plus rapide (c'est pas difficile!) et surtout plus joli. En général, le guichetier est aussi pittoresque que le funiculaire. Une fois en haut, les rues regorgent de jolies maisons peintes de toutes les couleurs, de petits cafés décorés de publicités des années 50, et le coup d'oeil sur la mer est magnifique. Ça invite à la dolce vita, et il est difficile de se retenir de faire des photos! Bon, ça c'est la description idyllique des deux collines où ils ont tout bien rénové et sur lesquelles sont toutes les infrastructures touristiques. Nous promenant, montant et descendant de colline en colline, nous avons fini par échouer dans un quartier du même genre, très joli de loin, mais qui de près paraissait nettement moins riant. Et dont nous avons bien vite filé avant qu'il ne nous arrive quelque bricole, quoique nous fussions en plein après-midi…
De Valparaiso à Puerto Montt (Maule, Araucanie, régions des volcans et des lacs):
De là, nous avons entrepris de descendre en direction du sud jusqu'à Puerto Montt. Nous avions quelques jours pour traverser une magnifique région de vignobles, de lacs, de forêts denses, de montagnes et de volcans, l'une des plus belles du Chili. Hélas, une ou deux heures après que le bus ait quitté Valparaiso, il s'est mis à pleuvoir. Mais à roiller. Et cela n'a malheureusement plus cessé pendant 4 jours. Nous avons donc tant bien que mal exploré quelques petites villes sous nos pèlerines (alors que ce sont les campagnes environnantes qui sont intéressantes), tenté une sortie vers une magnifique hacienda transformée en musée, mais surtout connue pour son magnifique parc (mouillé, mais très beau en effet), et gaiement pataugé dans les gouilles. Nous avons même poussé jusqu'à Pucón, au pied du parc national du même nom, dans le but d'aller marcher dans celui-ci. Hélas, trois fois hélas: il a tant plus cette nuit là, et donc neigé dans le parc qui est plus haut, que la route qui y accède a été complètement fermée. Nous n'avons vu que le brouillard et les marécages qui se formaient autour ne notre petit hôtel (« vous devriez être contentes, on vous loue une chambre sans vue, et vous vous réveillez avec vue sur un lac ! C’est plus cher, normalement, la vue sur le lac… Il y a même des canards !» ). Courage, fuyons! A Valdivia, il pleuvait toujours, à Puerto Montt encore, et c'est presque soulagées que nous avons pris l'avion pour la Patagonie!
Punta Arenas:
Quel vol magnifique! Peu après Puerto Montt, le ciel s'est dégagé, et nous avons survolé la Cordillère des Andes enneigée, étroitement intriquée avec les fjords, puis le parc national Torres del Paine que nous avons pu voir d'en-haut, distinguant parfaitement les deux célèbres tours. Superbe! Enfin, le relief s'est aplati, et avant Punta Arenas c'était une myriade de petits lacs dans lesquels le soleil se reflétait.
Punta Arenas est une petite ville de Patagonie, au bord du détroit de Magellan. Un peu éteinte par le froid, elle manque singulièrement d'animation, d'autant que nous y débarquions un samedi après-midi. Nous y avons cependant trouvé une pension familiale qui portait extrêmement bien son nom (pain maison et gâteau pour le déjeuner, hôtesse « grand-maman poule » et grand-père se promenant en pyjama…). Nous avons alors entrepris d'organiser la suite de notre voyage, et c'est là que commence une épopée qui va se révéler TRÈS compliquée! Au Pérou et en Bolivie, nous avions pris la sale habitude de débarquer sans prévenir dans les terminaux de bus et de monter dans le premier venu, il y en avait toutes les 10 mn. De même de ne pas nous préoccuper le moins du monde du jour de la semaine, magasins, offices du tourisme et agences de voyages étant tous ouverts 7 jours sur 7, et quasi 24h sur 24. Celle-ci va se révéler désastreuse en Patagonie: ici, on a congé le week-end, et dans les commerces on commence le travail à 10h, on s'arrête à midi pour dîner, on reprend à 16 ou 17h après la sieste, et on termine vers 19 ou 20h… Et encore, les musées sont aussi fermés le lundi. (S'il y en a parmi vous qui se sentent en burn-out, je vous recommande la région, c'est un autre rythme de vie!)(bon, le climat invite plus à larver au coin du feu que sur la terrasse, mais ils ont tous de très jolis petits fourneaux à bois). Donc, nous avions repéré dans le guide un bateau qui conduit tous les mercredis de Punta Arenas à Puerto Williams, sur l'Isla Navarino, au sud d'Ushuaia. Il sera déjà très très compliqué d'obtenir une place sur ledit bateau, puisque pour finir nous réussirons même à nous piquer la seule cabine à nous-même (demande de renseignements téléphoniques versus internet!). Et une fois sur le bateau, les ennuis logistiques ne feront que commencer, mais la suite au prochain épisode…
Puerto Natales et le parc national Torres del Paine:
C'est au volant d'un 4×4 de location (vous me voyez au volant d'une 4×4??? C’est que la seule voiture non 4×4 de l’agence était déjà prise. Et pire : sur les pistes gelées du parc, ça c’est même révélé utile!) que nous sommes parties explorer le parc national Torres del Paine : très sauvage, il est célèbre pour ses montagnes impressionnantes, deux tours quasi verticales, les Torres del Paine justement, et deux « cornes » aux couches géologiques étranges, avec une limite oblique nette et des couleurs très contrastées. Il y a aussi un glacier laissant filer de mini-icebergs sur un lac, un autre lac incroyable, parfaitement lisse où les montagnes se reflètent comme dans un miroir, des guanacos (cousins sauvages des lamas) partout et de nombreux autres animaux, des chutes, des arbres et des lichens bizarres, un énorme glacier suspendu qui laisse sans arrêt tomber de gros sérac à grand fracas, encore plein d’autres lacs tous plus jolis les uns que les autres… Bref, c’est magnifique ! En été, on peut y faire de superbes trekkings. Là (dans l’hémisphère sud, août, c’est l’hiver…), tous les refuges étaient fermés et les -10° nocturnes n’engageaient que peu au camping, ce qui limitait les possibilités. Nous avons donc été condamnées à dormir dans un magnifique hôtel de luxe (il n’y a que ça dans le parc, et nous ne pouvions pas, écologiquement parlant, faire deux heures de 4×4, aller et retour, jusqu’au premier hôtel bon marché ! Bon, il faut dire qu’à cette saison on peut marchander, que Joëlle est très bonne à ce jeu-là, et que même économiquement parlant, vu le prix de l’essence et le fait que les hôtels de luxe patagons coûtent ce que coûtent les hôtels bons marché suisses, ça valait presque la peine…). Hiver ou pas, nous avons eu beaucoup de plaisir à nous balader petit bout par petit bout dans ce parc et à admirer le paysage, fut-ce en partie de la voiture. Dans mon cas, c’était ma deuxième visite en plein hiver, je crois que je n’ai pas le choix, il va falloir revenir voir la Patagonie en été…
Le bateau Punta Arenas – Puerto Williams :
Nous avions pour finir obtenu une place sur le fameux bateau : nous fûmes fort marries de constater à notre arrivée qu’il s’agissait d’un rafiot de fort petite taille, à fond plat, qui ne nous paraissait que peu armé pour résister aux vagues du Pacifique sud ! De plus, sur 15 passagers et 10 membres d’équipages, nous étions les deux seules femmes à bords, dans une cabine à la serrure cassée. Rhem. 36h là-dessus, dont deux nuits, ça promettait… Quoique nous constatâmes avec consternation l’alcoolisation généralisée de tous nos compagnons de voyages la deuxième nuit et construisîmes un système de blocage de la porte digne de Mac Gyver, il se révéla heureusement inutile. La météo peu clémente nous empêcha de voir quoi que ce soit au paysage, pourtant réputé magnifique, mais la mer resta calme et nous résistâmes courageusement au mal de mer (dans mon cas avec l’aide de la chimie quand même !). L’arrivée à Puerto Williams fut magique : une subite éclaircie (de 20 minutes…), la neige, le soleil levant, les bateaux colorés du port… Splendide ! Puerto Williams, sur l’Ile Navarino (commune du Cap Nord), et le village le plus au sud du monde. Un poil plus de 2000 habitants, c’est, pardonnez-moi l’expression, le trou-du-cul du monde. De l’aveu même du l’une d’elle, les habitants sont un peu glandeurs, et vous pouvez oublier l’idée de trouver un café pour déjeuner avant 10h30. Le reste des horaires est à l’avenant, encore plus peinard que dans le reste de la Patagonie. Nous trouvâmes cependant une pension dont la truculente tenancière, Paty, était un théâtre à elle toute seule ! Cinq jurons par phrases, certains « affectueux » adressés à ses proches, deux anecdotes à la minute (il valait mieux faire partie de ses amis que de ses ennemis) et une cuisine délicieuse (nous adoptâmes après avoir goûté son gratin d’araignée de mer l’option pension complète !). Tout le monde mangeait à la même table, vin rouge et discussions animées jusque tard dans la nuit. Le bout du monde, mais convivial ! Le problème : en repartir. Quoique le guide mentionnât trois sortes de bateaux et deux d’avions, aucune de ces possibilités ne semblait imaginable avant quatre jours ! Ce qui ne nous permettait alors plus de visiter quoi que ce soit en Terre de Feu, ni même le glacier Perito Moreno, avant notre avion réservé de longue date ! Nous retournâmes le village à la recherche d’une solution, qui finit par venir d’elle-même sous la forme d’un appel de la première agence consultée (nous ne lui avions pas dit où nous étions logées…) chez Paty. Un zodiac pourrait peut-être, selon la météo, venir nous chercher depuis Ushuaia le lendemain. Ouf ! Cela enchanta un autre locataire, travailleur chilien coincé là depuis une semaine, qui s’annonça pour le voyage. Nous profitâmes donc pleinement d’une belle balade dans le jardin botanique sous la neige.
La traversée épique sur Ushuaia :
Après 1h30 de minibus sur une piste complètement gelée jusqu’au « port » (un simple débarcadère à côté du bâtiment de la douane), nous accomplîmes en cinq minutes les formalités idoines (pour lesquelles nous avions cependant fait déplacer trois personnes. Au total (chauffeur, zodiac, douaniers argentins, huit. Pas mal pour trois voyageurs, non ?). Ushuaia se trouve de l’autre côté du canal de Beagle. Ce n’est pas bien loin, et normalement la traversée ne prend qu’une demi-heure. On nous expliqua qu’en raison de la mer agitée, nous allions faire un détour pour être le plus possible derrière des îles. Vu le calme plat de la mer au bord, nous étions un peu étonnées, mais bon… Notre pilote, pas protégé par le toit en plastique, s’équipa de lunette de ski et d’une cagoule orange du plus bel effet, et en voiture Simone. Effectivement, une fois la protection des îles quittée, l’affaire se corsa ! Le zodiac prenait de biais des vagues trois fois plus hautes que lui, avec un coup d’accélérateur dans les montées pour éviter de verser. Vagues desquelles nous tombions (littéralement) dans un grand plaf. Nous crûmes tourner dix fois, et eûmes une telle trouille que nous évitâmes même le mal de mer ! Mais pas, à l’arrivée, une pointe de culpabilité d’avoir fait prendre des risques que nous avions totalement sous-estimés aux deux navigateurs pour du simple tourisme…
Ushuaia et Tolhuin :
Ushuaia est une ville coincée entre la mer et d’assez hautes montages, magnifiques sous la neige. A côté se trouve le parc national Tierra del Fuego (Terre de Feu, ainsi nommée parce que les Indiens y vivaient presque nus, mais chauffés par de très nombreux feux, jusque dans leurs canoés. A l’arrivée des Espagnols, ils virent de nuit une terre qui paraissait en feu tant il y en avait. Ces indiens ont actuellement totalement disparus, exterminés et morts de maladies). Le parc est sauvage, les paysages sont magnifiques, entre mer et lacs, montagnes et forêts.
Tolhuin, c’est un village en direction du nord, surtout connu comme escale de tous les bus dans sa célèbre boulangerie. Nous y avons fait une belle promenade, quoique sous la bruine, au bord d’un lac et sur une digue le long d’un marais d’où sortaient des troncs d’arbres morts. Le ciel gris et bas, le marais, les arbres morts, on se serait cru dans « Le plat pays ». Enfin comme ambiance, ce n’était pas vraiment plat… Pour égayer le tout, un chiot insupportable nous a suivi tout du long en ne cessant de faire des bêtises. En Amérique du Sud, que vous aimiez ou pas (c’est mon cas !) les chiens, il s’en trouve toujours un pour vous suivre partout…
Ce n’est pas tout ça, mais nous avions un avion à prendre à El Calafate, à 950km de là. Il allait falloir voir pour prendre le bus… Sauf que… on nous apprit que les bus, ce n’était qu’une fois par jour à 5h15 (du matin…), sauf le week-end, très pleins, pas réservables le week-end puisque le bureau est fermé. Or si le premier était plein, nous loupions le glacier et peut-être même notre avion parce que la correspondance n’était pas assurée, semblait-il ! Gasp ! Un dimanche soir, toutes les agences étant fermées, c’est un chauffeur de bus ( !) débrouille qui nous dégotta je ne sais trop comment un miraculeux billet d’avion Ushuaia – El Calafate !
Le glacier Perito Moreno :
Immense glacier qui dépasse de 70m le niveau des deux lacs où il fond, il avance lentement jusqu’à appuyer sur la péninsule qui les sépare. Le niveau d’un des lacs monte alors par rapport à l’autre, jusqu’à ce que la pression casse la glace et rétablisse l’équilibre (tous les quatre ou cinq ans)… Cela s’est produit la dernière fois en mars 2004. Là, il pleuvait à roille. Pas très agréable d’autant qu’il ne fait pas très chaud, mais le point positif est que la glace paraît bleue quand le ciel est gris, et blanche quand il est bleu (si un scientifique parmi vous peut m’expliquer pourquoi, ça me paraît complètement illogique !). Le glacier, un hérisson de séracs turquoises qui se fracassent périodiquement dans la flotte, immense, imposant, craquant et gémissant, est donc encore plus impressionnant par temps couvert. C’était superbe. Et difficile à décrire… Allez voir les photos, quoi… Il manque le son et la chute d’un sérac, mais quoiqu’on se soit donné beaucoup de peine, on n’a jamais réussi à un filmer une !!!
Bariloche et la région des lacs :
La Suisse d’Argentine… Des lacs, des montagnes, des pistes de skis, des chalets, des Saint-bernards, du propre-en-ordre, du chocolat et des fondues dans les restaurants (après le traumatisme des tomates-mozarella au gouda, on a préféré ne pas tester…). Une « colonie suisse », avec des Valaisans émigrés là à la fin du XIXème siècle, qui ne parlent quasiment plus que l’espagnol mais revendiquent fièrement leurs racines et suspendent des banderoles de drapeaux des cantons à leurs balcons. Même une attaque de molosses, qui aurait pu très mal se terminer sans le sang-froid de Joëlle, pour ressembler jusqu’au bout à notre cher et beau pays !
On s’est un peu éloigné de Bariloche pour visiter les deux parcs nationaux de la région. Le Nahuel Huapi, avec ses lacs bleutés et ses montagnes, est très beau, mais peu différent des paysages que nous connaissons. Le Lanín est magnifique : forêts d’araucarias, rivières bleu roi bordées de saules au branches oranges, et toujours en arrière plan le volcan Lanín, cône enneigé presque parfait.
Iguazu et Brésil:
Les célébrissimes chutes à la frontière entre l’Argentine et le Brésil. Dans la forêt tropicale (pas encore très très très touffue, mais ça commence), il y a l’immense « Garganta del Diablo » (gorge du diable), incroyable et magnifique. Et une très longue falaise de deux kilomètres, habituellement quasi entièrement recouverte d’eau. Je dis habituellement car là il n’avait pas plu depuis cinq mois, et si la Garganta del Diablo restait très impressionnante, les chutes de la falaises étaient soit totalement asséchées, soit fairaient rigoler Pissevache ! Les chemins très bien aménagés des deux parcs nationaux (argentins et brésiliens) constituent cependant de très jolies promenades, il faisait doux, il y avait des papillons, des coatis, des agoutis, des oiseaux, et on n’a pas vu les serpents contre lesquels ils nous mettent en garde. Bien agréable ! L’occasion aussi de faire un saut d’à peine 24 heures au Brésil, juste le temps de nous rappeler ce que c’est que de voyager dans un pays dont on ne parle pas la langue (même si tous les frontaliers parlent l’espagnol, le contraire n’étant pas du tout vrai !), et de visiter l’immense barrage d’Itaipu (grande première pour toutes les deux : après de nombreuses visites de barrages en compagnie de nos pères ingénieurs, c’était pour chacune une grande nouveauté de le faire de notre plein gré !!!).
Le Paraguay et les Missions Jésuites:
Après Iguazu, nous avons passé au Paraguay pour aller visiter les Missions Jésuites. Le Paraguay n’est de loin pas un pays touristique, ceux qui visitent l’Amérique du Sud n’y passent pour la plupart même pas, et de fait il n’y a pas grand-chose à voir. C’est aussi l’un des pays les plus pauvres du continent. Nous n’y avons passé que deux jours, mais en garderons un souvenir particulier. C’est un de ces lieux du bout du monde, où personne ne passe jamais mis à part ceux qui n’ont pas le choix. Nous n’avions pas de guide, notre Lonely Planet s’arrêtant à la frontière. Il pleuvait. Mais en même temps, nous n’avons rencontré nulle part ailleurs des gens aussi serviables, un accueil aussi chaleureux, chacun se donnant de la peine pour nous aider, nous trouver un bus, un hôtel, nous indiquer où se trouvaient les Missions que nous cherchions… Du douanier à l’aide-chauffeur de bus, de la dame du restaurant au simple passant, nous n’avons jamais rencontré autant d’agents de voyage !!! Nous avons dormi à Hohenhau, bled perdu de la campagne paraguayenne où, comme son nom l’indique, il y a surtout beaucoup d’Allemands, échoués là on ne sait trop comment (ceux avec qui nous avons discuté sont venus avant la guerre (d’autres moins glorieux sont probablement venus à la fin de celle-ci pour échapper à un procès…), mais parlent encore entre eux en Hochdeutsch !). Pas de bistrot, notre hôtelier nous a donc envoyé manger chez « la voisine qui prépare des choses ». Ah bon. Il faut imaginer une espèce de magasin-bar-bistrot, grande pièce au haut plafond, à l’éclairage bien blafard, toutes fenêtres ouvertes, trois tables. Une immense étagère derrière le comptoir, dont seul le coin inférieur droit était occupé, par un fouillis de bocaux, épices, serviettes hygiéniques, chocolats, cigarettes etc. entreposés dans un joyeux désordre, au milieu le téléphone. A droite une commode, sur laquelle se trouvait un monceau d’oignons, et quelques légumes. Derrière, la cuisine, avec le chat et le chien. La patronne et cuisinière, Marta, la soixantaine obèse, discutant en allemand avec son mari, un peu sourd, et un client. Et la télé en bruit de fond, en espagnol. A notre arrivée, pas de carte ni rien, nous lui demandons s’il est possible de manger. « Je peux vous faire du bœuf avec des œufs et des oignons et des légumes et des patates, tout mixé ». Ah bon. Soit… Elle nous amènera une heure plus tard un plat correspondant assez bien à sa description, croisement de goulasch, de rösti et d’émincé aux oignons, pas si mal… Le déjeuner le lendemain matin lui permettra de nous raconter sa vie ! Les Missions Jésuites maintenant : elles ont été construites à la fin du XVIIIème et au début du XIXème siècle par les missionnaires jésuites, dans le but d’évangéliser mais aussi de protéger les Indiens Guaranis des marchands d’esclaves. Véritables villages, elles comprenaient une église, un collège, un hôpital, un jardin, des maisons,… Les Jésuites ont appris le Guarani, et c’est eux qui ont permis de préserver cette langue, alors que les Espagnols interdisaient aux Indiens de parler autre chose que l’Espagnol. Au milieu du XIXème siècle, les Jésuites ont été chassés par le vice-roi d’Espagne, inquiet de ne pas avoir assez de contrôle sur eux. Et les Guaranis ont été vendus, massacrés ou disséminés. Il n’empêche, le Paraguay est maintenant un pays bilingue, le Guarani est enseigné à l’école, et les Indens ne sont pas comme partout ailleurs en Amérique du Sud déconsidérés. Sur la vingtaine de Missions, beaucoup sont totalement détruites, de certaines il ne reste que quelques vagues cailloux. Et de quelques unes au Brésil, de celles de Jesus et Trinidad au Paraguay et de celle de San Ignacio de Mini en Argentine, il reste des ruines plus conséquentes. Nous avons visité les trois dernières. Ce ne sont plus que des murs de briques rouges, quelques sculptures et reliefs, parfois des arches, des portes ou des fenêtres. Mais il s’en dégage une ambiance particulière, un peu mystérieuse, un peu surréaliste. On a l’impression d’être dans un film. A San Ignacio, elles sont envahies par la végétation, ce qui ajoute encore à cette impression étrange.
L’Uruguay :
Après avoir longé la frontière en bus de nuit et passé par Gualegaychú, bled soit disant idyllique mais surtout complètement mort, nous sommes arrivées en Uruguay. Quoiqu’on confonde souvent les deux depuis la Suisse, l’Uruguay n’a rien à voir avec le Paraguay ! Pays riche (du moins pour l’Amérique du Sud, tout est relatif…), connu pour ses banques, il est aussi surnommé la Suisse de l’Amérique Latine… Nous sommes d’abord allées à Montevideo, la capitale. Artères commerciales animées, circulation pas possible, le quartier moderne n’a rien à envier à l’Europe. La vieille ville laisse songeur : c’est un mélange complètement hétéroclite de bâtiments modernes et anciens, sans aucune unité. De belles maisons, donc, mais pas vraiment de belle rue. Et hélas les plus jolies bâtisses sont souvent celles qui tombent en ruines.
Colonia del Sacramento, en face de Buenos Aires, sur le bord du Rio de la Plata (l’estuaire à la confluence du Parana et de l’Uruguay, plus vraiment un fleuve mais pas encore tout à fait l’Atlantique), est une petite ville coloniale. Là, une meilleure unité, pas de bâtiment moderne au milieu de la vieille ville. C’est charmant, il y a des terrasses, des bougainvilliers, de jolies ruelles. Quelques touristes le jour, en excursion depuis Buenos Aires, pas un chat la nuit. Tranquille, dolce vita.
Buenos Aires :
Après un passage par Rosario, ville assez quelconque par rapport aux promesses du guide, nous voici dans la capitale de l’Argentine, mégalopole de 12 millions d’habitants. Elle est séparée en différents quartiers aux ambiance très différentes. Le centre d’abord, où nous logeons… Immeubles de style parisien, parfois (rarement) colonial, rues commerciales encombrées, et quelques avenues à 7 pistes dans chaque sens pour permettre le flot des voitures ! C’est là qu’on trouve les lieux célèbres, la Place de Mai notamment. La Boca, ensuite, quartier populaire au bord de la mer, plutôt mal famé, aux maisons de tôle dont les murs sont peints avec les restes de peinture pour bateaux. Trois rues sont très touristiques, grouillent de monde et de vendeurs d’artisanat. Des danseurs de tango s’y produisent. Les maisons, toutes transformées en bistrots ou en magasins, sont parfaitement repeintes, de toutes les couleurs, très pittoresques. Mais le tout fait un peu décor de carton-pâte… Derrière, à peine plus loin, c’est nettement moins joli. La peinture s’écaille, il n’y a pas de restaurants, pas de touristes (et on sait pourquoi) et il n’a pas l’air d’y faire si bon vivre… San Telmo : le quartier des brocanteurs, touristique aussi, mais on y voit surtout de très nombreux Argentins qui viennent s’y promener le dimanche. Plein de monde, des danseurs de tango partout aussi, qui font des démonstrations et passent le chapeau ensuite. La Recoleta, célèbre pour son cimetière (que nous n’avons pas eu le temps d’aller voir), Palermo et ses nombreux restaurants et musées, et les quartiers d’affaires, les quartiers chics, les quartiers « classe moyenne », … On pourrait sans doute passer trois semaines à Buenos Aires sans s’ennuyer une seconde ! Outre les stress habituels des derniers jours de voyage, nous avons encore profité de notre passage dans une grande ville pour quelques activités culturelles : cinéma argentin, spectacle de tango, bon repas…
Et voilà. Déjà la fin de ces quatre mois de voyage, qui ont passé à la vitesse de l’éclair. Presque 13'000 km par voie terrestre et maritime, et plus de 35'000 par voie aérienne. Quatre mois riches de découvertes, d’expériences, de partage… Des tonnes de photos. Surtout beaucoup de beaux souvenirs dans la tête, et quelques uns moins bons, heureusement rares. Un peu d’air frais avant de reprendre le boulot. Et de rêver de repartir, peut-être… Depuis le 14, je suis de retour en Suisse, je recommence à travailler début octobre. Je me réjouis de revoir ceux d’entre vous pour qui ce n’est pas encore fait, et vous embrasse tous.
Laure



















































































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