Lima, 13 juin 2006
15/06/06 03:44
Bonjour tout le monde!
Cette fois-ci, ça va être encore plus difficile de maintenir mes babils dans des proportions convenables, tant nous avons vu de choses magnifiques ces derniers jours!
1) Kuélap:
Depuis Chachapoyas, moyennant 7h de route dans un paysage superbe, nous sommes allé visiter la magifique citadelle de Kuélap, perchée à 3100m d'altitude. Elle a été érigée par les Sachapoyas, un peupe pré-inca. Il reste un rempart de 12m de haut et de 600m de long, percé de 3 étroites portes en entonnoirs, et sur le terre-plein à l'intérieur des ruines de maisons rondes décorées de manière très stylisée (frises censées représenter un oeil de puma ou de serpent, mais nos nombreuses visites nous ont conduit à estimer que le travail archéologique à la brosse à dent développe beaucoup l'imagination!). L'ensemble est cependant absolument magnifique parce qu'une végétation tropicale y pousse malgré l'altitude, se mêlant aux ruines, et que cela donne un côté fantasmagorique assez extraordinaire. La vue y est superbe.
2) Bus Chachapoyas - Chiclayo:
Horaire prévu: 13h-21h30, “éventuellement 22h parce qu'il pleut, il faudra peut-être rouler plus lentement par mesure de sécurité”, nous dit la charmante hôtesse. Horaire réel: 13h01 (remarquable!)-07h10. Cause: éboulement. Il faudra 9h pour convaincre la seule pelle mécanique du bled le plus proche de se déplacer un dimanche soir (soir du deuxième tour des élections qui plus est…), pour qu'elle arrive à 30 km/h du bled en question (que nous avions dépassé 3h avant… c'est grand le Pérou, et il y a des zones assez vides…), qu'elle déblaie l'éboulement, assez conséquent, comme une petite fourmi perdue dans la nuit toute seule, et surtout que la police réussisse à débloquer la situation, les nombreux bus, camions et les rares voitures s'étant subtilement accumulés sur les deux pistes de la route des deux côtés de l'éboulement… Il faut le voir pour y croire!!
3) Le Seigneur de Sipán et la région de Chiclayo:
A Sipán ont été découvertes en 1987 de magnifiques sépultures Moche (une des nombreuses civilisations pré-incas, de 200 av. JC à 850 ap. JC env.) près d'espèces de tas de terres qui sont en fait d'immenses pyramides en adobe (briques de terre séchées au soleil, cette technique de construction est encore employée actuellement pour toutes les maisons modestes) complètement érodées par la pluie. D'en haut, on voit le désert et des oasis, on se croirait au Maroc ! Le contenu des tombes est exposé dans un magnifique musée, et la plus belle, celle du Seigneur de Sipán, vaut franchement le tombeau d'Agamemnon! Elle était remplie de bijoux magnifiques (en or, turquoise, argent et coquillages) et d'objets extraordinaires. Le musée est très bien fait et explique aussi bien le travail de fourmi des archéologues (qui ont creusé pour l'une des tombes jusqu'à 11m de profondeur quasi à la petite cuillère et ont tout décortiqué à la brosse à dent, cf remarque ci-dessus).
4) Trujillo, les Huacas de la Luna y del Sol, Chan Chan:
Les Huacas de la Luna y des Sol, ce sont des pyramides Moche en adobe, près de Trujillo, plus au sud. C'est en gros un énorme tas de briques de terre séchées au soleil dont on se demande bien comment il a pu résister pas loin de 2000 ans à un vent à décorner les boeufs. Des fresques y sont encore parfaitement visibles! La pyramide a été construite par étages, celui du dessous étant fermé lorsque le supérieur était terminé. On construisait un nouvel étage lors de chaque phénomène El Niño, qui comme maintenant dévastait tout (mais à l'époque il se produisait tous les 80 à 100 ans, contre 8 à 10 ans actuellement), considéré comme le signe de la colère du Dieu créateur nécessitant de débuter une nouvelle Ere. La Huaca de la Luna, qu'on visite, servait à des cérémonies religieuses, dont des sacrifices humains.
Chan Chan est la capitale de l'empire Chimú (env. 850 à 1470, date de leur conquête par les Incas). C'est une IMMENSE ville, dont il ne reste aujourd'hui que des murs ornés de hauts reliefs dans le désert. Comme ils sont en adobe, donc de la couleur du paysage alentour, l'impression est un peu étrange, fantomatique. Et ça donne soif, hormis un bassin avec des nénuphars!
Quand à Trujillo, c'est une ville coloniale qui a commencé par nous laisser une impression très négative puisqu'à notre arrivée nous avons dû nous battre avec un certain nombre de manants bien décidés à nous arnaquer, puis que nous avons eu toutes les peines du monde à trouver un hôtel convenable, lequel se trouvait cependant totalement excentré. Par la suite, ayant (enfin!) réussi à trouver le centre ville, nous avons fini par bien rigoler avec deux Trujillanais ayant entrepris de nous servir de guides improvisés! Mais heureusement que nous partions le lendemain, ils étaient un peu pompant à la longue…
5) Huaraz, Chavín de Huántar:
Après 4 ou 5 jours à une température normale (dans les 20 - 25 degrés la journée, 15 la nuit) sur la côte péruvienne, vous pensez bien que le froid nous manquait… Nous sommes donc remontées dans les Andes, à Huaraz, 3091m d'altitude, dans la Cordillera Blanca. Magnifique région andine entourées de pics de plus de 6000m, paradis des amateurs de treks et autres masos des matins blêmes et glaciaux. Enfer souvent aussi, puisque fréquemment le théâtre d'horribles catastrophes naturelles (aluvión: des séismes provoquant de gigantesques avalanches dans les lacs d'altitude, qui se rompent d'un coup sur les vallées, ensevelissant parfois des villes entières).
Joëlle m'a donc attirée là sous le prétexte d'aller visiter Chavín de Huántar: site le mieux conservé de la culture Chavín (1000 à 300 avant JC!), on ne voit en fait que la grande place carrée et les souterrains, le reste ayant été enseveli en 1945 dans un aluvión. Assez pour comprendre qu'il s'agissait d'une civilisation fort versée en astronomie, et essentiellement tournée vers l'art et la spiritualité.
6) "La balade":
“comment faire grimper 1100m de dénivellation à Laure, point culminant 4912m, et la faire camper à 4673m d'altitude?”
a) Trouver un prétexte pour l'emmener à Huaraz (cf 5) b) S'être arrangé avant cela pour lui avoir causé quelques nuits blanches en lui parlant du Camino del Inca (qui mène au Machu Picchu à pied en 4 jours et comporte l'un des 4 jours 1400m de montée culminant à 4200m). Ceci afin de susciter un mini-entraînement (certes tout-à-fait limité par manque chronique de temps). De toute façon il n'y a plus de places de libres au Camino del Inca, réglementé pire qu'en Suisse. c) Trouver au hasard 2 agences de guides dans une ville qui en compte des centaines et leur demander des propositions de “balades” (en précisant 10 fois que, contrairement à tous les autres, on ne veut PAS un trek, qu'on n'est pas entraînées, qu'on n'a pas racheté l'altitude, qu'on n'a pas de bonnes chaussures, etc). Se décider pour un tour de 2 jours qui représente, selon l'une des agences (agence que son propre rabatteur ne retrouvait plus (!), sans aucun équipement et que personne ne connaissait) 700m de dénivellation, et 400 à 500m selon l'autre (recommandée par une autre et dotée d'un équipement paraissant sérieux - mais visiblement pas d'un altimètre!!), et culminant selon les deux agences à 4300m.
Pis bon ben voila, on est parties, d'abord à plat le long d'une belle vallée. Après ça montait, ça montait, ça montait, et heureusement que tout comptes faits j'avais largement racheté l'altitude, parce que par rapport au Pinchincha à Quito c'était moins pire, le souffle… Et heureusement aussi que le temps était magnifique, et les sommets de la Cordillera Blanca absolument sublimes (pour le coup vous ne POUVEZ PAS ne pas prendre la peine d'aller voir les photos sur le blog!!! Même les grands-parents à qui on imprime le texte, il faudra les leur montrer!).
Cahin-caha nous arrivâmes au col à 4912m (selon mon couteau suisse altimètre (merci maman, merci papa!)) puis redescendîmes camper au “chaud” à 4673m. Un peu frisquet sur le matin, il faut bien le dire, bien que ce soit la première fois que je dorme avec un bonnet, 2 écharpes et 4 pulls… Et c'est vrai que sur le matin, une jolie couche de neige recouvrait le sol, ça faisait très joli, on se serait crues à Noël. Bizarre pour un 12 juin, mais bon…
Nous voici arrivées à Lima après une journée de bus sans grand intérêt. Même pas trouvé de bon restau pour les 31 ans de Jo, ce sera pour demain le souper d'anniversaire…
Gros bisous à tous.
Laure





















